Batman: Gotham by Gaslight (2018) adapte le récit unique de Brian Augustyn et Mike Mignola paru chez DC en 1989 — généralement considéré comme le premier Elseworlds, avant même que le label n'existe. Le film change l'identité du tueur. Voici la comparaison détaillée.
Un Batman victorien dessiné par le futur créateur de Hellboy, et une adaptation qui déplace la solution de son énigme. Décryptage source par source, sans divulguer les dénouements.
Comme dans chaque article de cette série, seules les informations vérifiées (créateurs, distribution, dates, éditeurs) sont affirmées ; l'analyse comparative est la nôtre, sans reproduire dialogue ni image protégée.
Titre : Batman: Gotham by Gaslight (2018)
Voix : Bruce Greenwood (Batman), Jennifer Carpenter (Selina Kyle)
Format : animation, environ 75 minutes
Production : DC, sortie directe en vidéo
Changement majeur : l'identité du tueur
Gotham by Gaslight (1989) — récit unique
Brian Augustyn & Mike Mignola — DC
Considéré comme le premier Elseworlds
Cadre : Gotham à la fin du XIXe siècle
- Le Gotham victorien et son atmosphère.
- Un Batman sans technologie, presque artisanal.
- Une enquête sur une série de meurtres.
- Bruce Wayne soupçonné lui-même.
- Le postulat Elseworlds et son autonomie.
- L'identité du tueur est modifiée.
- Un récit court devient un long métrage.
- Selina Kyle gagne un rôle bien plus important.
- De nombreux personnages sont ajoutés.
- Le trait de Mignola n'est pas reproduit.
Gotham by Gaslight (1989) : le premier « et si ? »
Gotham by Gaslight paraît chez DC en 1989, écrit par Brian Augustyn et dessiné par Mike Mignola. C'est un récit unique, publié dans un format soigné hors de toute série régulière, et il occupe une place particulière dans l'histoire éditoriale : on le considère généralement comme le premier Elseworlds, alors même que le label n'existait pas encore et n'a été formalisé que par la suite. L'idée était neuve — prendre un personnage maison et le transplanter dans un autre monde, sans conséquence sur la continuité.
Le postulat : Gotham à la fin du XIXe siècle. Bruce Wayne rentre d'Europe et devient un justicier masqué dans une ville éclairée au gaz, sans automobile ni électronique. En parallèle, un tueur en série sévit dans les quartiers pauvres, selon un mode opératoire directement inspiré des crimes londoniens réels de la même époque. L'enquête progresse, et Bruce Wayne finit par être soupçonné lui-même.
Le récit est court — quelques dizaines de pages — et son intérêt est autant atmosphérique que narratif. Il s'agit d'abord d'une proposition : voir ce personnage sans ses attributs modernes, réduit à une cape, une résolution et une lanterne.
Mignola avant Hellboy
Le nom du dessinateur mérite qu'on s'y arrête, car il donne à ce titre une valeur particulière. En 1989, Mike Mignola travaille depuis quelques années pour les grands éditeurs, avec un style déjà reconnaissable mais pas encore arrivé à sa forme définitive. Ce n'est que quelques années plus tard qu'il créera le personnage qui fera sa réputation mondiale et fondera son propre univers — dont nous avons traité l'adaptation au cinéma.
Gotham by Gaslight est donc un jalon : on y voit se mettre en place ce qui deviendra la signature de Mignola — les grands aplats noirs, l'architecture massive, les silhouettes découpées, un goût prononcé pour l'ombre comme matière plutôt que comme absence de lumière. Le cadre victorien lui convient parfaitement, et le titre est souvent cité comme l'un des moments où son langage graphique s'affirme.
Le film de 2018 n'a pas cherché à reproduire ce style. Il adopte une animation soignée mais conventionnelle, avec une direction artistique qui rend l'époque sans rendre le dessinateur. C'est le cas de figure devenu familier au fil de ce lot — et le contraste avec The New Frontier, seule exception du corpus, est instructif : Darwyn Cooke pratiquait un dessin issu de l'animation, Mignola pratique un dessin d'encre et de matière, qui ne survit pas au transfert.
Un récit court étiré, et une énigme déplacée
L'adaptation affronte le problème rencontré sur The Killing Joke : une source trop brève pour un long métrage. Elle le traite différemment, et mieux.
Plutôt que d'ajouter un prologue sans rapport, le film développe le récit lui-même : Selina Kyle, secondaire au papier, devient un personnage central ; de nombreuses figures sont ajoutées, dont plusieurs versions victoriennes de la galerie habituelle ; et l'enquête gagne des étapes intermédiaires. Le procédé est plus sain, puisqu'il augmente la matière sans changer la nature du récit, et le résultat a été plutôt bien reçu.
Le point litigieux est ailleurs : le film modifie l'identité du tueur. Comme sur Hush, il s'agit d'une substitution au cœur d'un mécanisme d'énigme, et la question qui se pose est la même — les indices semés mènent-ils encore quelque part ? Le film ayant largement réécrit son enquête plutôt que de la transcrire, il s'en tire mieux que Hush : la nouvelle solution est préparée par le film lui-même. Mais le lecteur du comic perd sa révélation, et avec elle une part du sel du récit d'origine.
Les personnages, du papier à l'écran
- Bruce Wayne — Justicier sans technologie, dans un Gotham au gaz.
- Selina Kyle — Secondaire au papier, centrale à l'écran.
- Le tueur — Dont l'identité diffère entre les deux versions.
- Les figures victoriennes — Versions d'époque de la galerie habituelle, ajoutées par le film.
Elseworlds : ce que le format a permis
Il vaut la peine de revenir sur le label, dont ce titre est l'acte de naissance officieux. L'idée est d'une simplicité redoutable : autoriser des récits qui ne comptent pas. Aucune conséquence sur la continuité, aucune obligation de cohérence avec ce qui précède, aucune préparation de ce qui suivra. En échange, une liberté totale sur des personnages immédiatement reconnaissables.
Le résultat a été l'un des ensembles les plus créatifs du catalogue DC des années 1990 et 2000 : Batman à toutes les époques, des Superman de toutes les nationalités — dont Red Son, sans doute le plus réussi —, des croisements avec la littérature classique. Le label a ensuite été progressivement abandonné, les éditeurs préférant intégrer les réalités alternatives à leur continuité principale plutôt que de les en isoler.
Pour le collectionneur, ce corpus présente un profil très particulier. Ces titres ne contiennent presque jamais de première apparition au sens du marché — les versions alternatives ne sont pas considérées comme des personnages nouveaux —, si bien que leur valeur repose entièrement sur la réputation du récit et sur la cote du dessinateur. C'est un segment stable, peu spéculatif, où l'on achète ce qu'on veut lire. Gotham by Gaslight en est un bon exemple, avec un atout supplémentaire rare : la signature d'un dessinateur devenu majeur.
Le crime réel comme matériau de fiction
Un aspect de ce récit mérite d'être abordé, car il explique une part de sa longévité — et il pose une question que le film hérite sans la traiter.
Gotham by Gaslight bâtit son intrigue sur des crimes qui ont réellement eu lieu, à Londres, à la fin du XIXe siècle, et dont l'auteur n'a jamais été identifié. Ce choix n'a rien d'anodin : il donne au récit une épaisseur immédiate, puisque le lecteur arrive avec un imaginaire déjà constitué — le brouillard, les ruelles, l'enquête qui échoue. Un auteur de fiction met des chapitres à installer ce que cette référence fournit en une case.
Le procédé est ancien et largement pratiqué : ces crimes ont nourri des centaines de romans, de films et de bandes dessinées, y compris des œuvres majeures de ce corpus — nous avons traité ailleurs une adaptation qui en fait son sujet central, dans un tout autre registre, documentaire et théorique.
La différence de traitement est instructive. Là où cette dernière œuvre travaille la matière historique avec un appareil de sources considérable, Gotham by Gaslight l'utilise comme décor : les crimes sont un ressort, non un objet d'étude. Ce n'est pas un reproche — le récit ne prétend à rien d'autre —, mais cela situe précisément son ambition. Le lecteur qui découvre le sujet par ce titre gagnera à savoir que la matière réelle est plus lourde que ce qu'un récit de super-héros victorien peut en dire, et que les victimes de ces crimes étaient des personnes documentées, non des silhouettes.
Côté collection : quels numéros viser après le film
Batman: Gotham by Gaslight (1989) est un récit unique, ce qui simplifie la collection : une seule pièce à viser. Sa valeur repose sur deux facteurs qui se cumulent — son statut de premier Elseworlds, et le fait qu'il s'agisse de planches de Mike Mignola antérieures à la création de son personnage le plus célèbre. Ce second point est l'argument principal : la demande pour les travaux de jeunesse de Mignola est soutenue par des collectionneurs qui ne s'intéressent pas nécessairement à Batman.
Le format prestige de 1989 implique la même mécanique que celle observée sur The Killing Joke l'année précédente : un objet vendu cher, acheté par un public averti, donc mieux conservé que la moyenne — les exemplaires en bon état sont proportionnellement nombreux, et la prime se concentre sur les grades les plus élevés. Les rééditions, plus rares que pour les grands classiques, restent la voie économique pour lire. Comme toujours, l'état et la gradation déterminent la valeur ; l'appui sur des ventes récentes réelles est vivement conseillé.
Par où commencer la lecture
Le récit se lit en une demi-heure et ne demande aucune connaissance préalable — c'est le principe même du format. Le lecteur venu du film trouvera une histoire nettement plus resserrée, une Selina Kyle bien moins présente, une autre solution à l'énigme, et surtout un objet graphique que l'animation ne laisse pas soupçonner.
Chronologie à connaître
- 1989 — Gotham by Gaslight, considéré comme le premier Elseworlds.
- Années 1990 — Le label est formalisé et produit ses meilleurs titres ; Mignola crée son propre univers.
- 2003 — Red Son, sans doute la plus grande réussite du label.
- 2018 — Le film d'animation, avec une identité du tueur modifiée.
Sa place dans la saga et pour le collectionneur
Gotham by Gaslight restera comme l'acte de naissance d'un format qui a produit certains des meilleurs récits DC — celui des histoires qui ne comptent pas, et qui gagnent en liberté ce qu'elles perdent en enjeu. L'adaptation traite mieux que The Killing Joke le problème de la source trop courte, en développant le récit au lieu d'y ajouter un préambule étranger ; elle bute en revanche sur la même difficulté que Hush en déplaçant la solution d'une énigme. Pour le collectionneur, ce récit unique cumule deux arguments rares : un statut de premier de son genre, et des planches de Mike Mignola antérieures à sa consécration.
Le verdict : le postulat gardé, l'énigme déplacée
- Fidélité : le Gotham victorien, un Batman sans technologie, l'enquête sur une série de meurtres, Bruce Wayne soupçonné et l'autonomie du format Elseworlds viennent du comic.
- Libertés : l'identité du tueur modifiée, un récit court étiré en long métrage, Selina Kyle nettement plus importante, de nombreux personnages ajoutés — et le trait de Mike Mignola, non reproduit.
- À collectionner : Batman: Gotham by Gaslight (1989, DC).
Gotham by Gaslight étire honnêtement une source brève, en développant son récit plutôt qu'en lui ajoutant un préambule — leçon que The Killing Joke n'avait pas retenue. Ce qu'il laisse derrière lui, c'est l'encre de Mike Mignola, dont ce titre est l'un des jalons. Pour le lecteur comme pour le collectionneur, c'est une invitation à ouvrir le récit de 1989.
Questions fréquentes
Batman: Gotham by Gaslight, récit unique paru chez DC en 1989, écrit par Brian Augustyn et dessiné par Mike Mignola. Bruce Wayne devient justicier dans un Gotham de la fin du XIXe siècle, tandis qu'un tueur en série sévit dans les quartiers pauvres.
On le considère généralement comme tel, avec une nuance : le label n'existait pas encore en 1989 et n'a été formalisé que par la suite. Le principe — transplanter un personnage maison dans un autre monde, sans conséquence sur la continuité — y apparaît pour la première fois.
Ce sont des planches antérieures à la création du personnage qui fera sa réputation mondiale. On y voit se mettre en place sa signature : grands aplats noirs, architecture massive, silhouettes découpées, l'ombre traitée comme matière.
Mieux que The Killing Joke. Plutôt que d'ajouter un prologue sans rapport, il développe le récit lui-même : Selina Kyle devient centrale, des personnages sont ajoutés et l'enquête gagne des étapes. Le procédé augmente la matière sans changer la nature du récit.
Le récit étant unique, il n'y a qu'une pièce : Batman: Gotham by Gaslight (1989). Sa valeur cumule son statut de premier Elseworlds et la demande pour les travaux de jeunesse de Mike Mignola — laquelle vient de collectionneurs qui ne s'intéressent pas nécessairement à Batman.
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