Batman: Under the Red Hood (2010) fusionne deux récits : l'arc de Judd Winick paru dans Batman en 2005, et Un deuil dans la famille (Batman #426-429, 1988), l'histoire où les lecteurs ont voté par téléphone pour décider du sort d'un personnage. Voici la comparaison détaillée.
Une adaptation écrite par l'auteur du comic d'origine, et adossée à l'un des épisodes les plus singuliers de l'histoire éditoriale américaine. Décryptage source par source, sans divulguer les dénouements.
Comme dans chaque article de cette série, seules les informations vérifiées (créateurs, distribution, dates, éditeurs) sont affirmées ; l'analyse comparative est la nôtre, sans reproduire dialogue ni image protégée.
Titre : Batman: Under the Red Hood (2010)
Scénario : Judd Winick, auteur du comic
Voix : Bruce Greenwood (Batman), Jensen Ackles (Red Hood), John DiMaggio (Joker), Neil Patrick Harris (Nightwing)
Format : animation, environ 75 minutes
Structure : deux comics fusionnés
Un deuil dans la famille — Batman #426-429 (1988)
Jim Starlin & Jim Aparo — DC
Under the Hood — Batman, 2005
Judd Winick & Doug Mahnke, entre autres
- Le drame fondateur de 1988.
- L'identité du nouveau Red Hood.
- Sa méthode : prendre le crime en main, non l'arrêter.
- Le reproche adressé à Batman.
- Le face-à-face final à trois.
- Deux récits distincts sont fusionnés en un seul.
- Le mécanisme du retour est simplifié.
- Les ramifications de continuité disparaissent.
- Plusieurs personnages secondaires sont écartés.
- Le contexte éditorial de 1988 est absent.
1988 : le vote par téléphone
Il faut commencer par là, car c'est le socle de tout le récit. En 1988, DC publie dans Batman #426 à #429 un arc de Jim Starlin et Jim Aparo intitulé Un deuil dans la famille, mettant en scène Jason Todd, le second Robin. Le personnage était impopulaire auprès d'une partie du lectorat, et l'éditeur prend une décision sans précédent : il installe deux numéros de téléphone surtaxés et laisse les lecteurs voter pour décider si Jason Todd survit ou non aux événements du récit.
Le vote a été serré, et il a tranché en faveur de la mort. L'épisode est resté comme l'un des plus commentés de l'histoire éditoriale américaine, pour ce qu'il révèle du rapport entre un éditeur et son public — et il a durablement marqué le personnage de Batman, dont l'échec devient un élément permanent de sa caractérisation.
Ce contexte n'apparaît évidemment pas dans le film, et c'est inévitable. Mais il constitue une seconde occurrence du phénomène observé sur Flashpoint : une partie du poids de ces pages vient de circonstances extérieures au récit, et cette part ne s'exporte pas. Un spectateur de 2010 voit un drame ; un lecteur de 1988 savait qu'il en avait été, collectivement, l'auteur.
2005 : Judd Winick reprend le fil
Dix-sept ans plus tard, Judd Winick construit un arc autour du retour d'un personnage masqué qui prend le contrôle de la pègre de Gotham au lieu de la combattre — méthode qui met Batman face à ses propres limites. L'identité de ce Red Hood, révélée progressivement, ramène directement au drame de 1988.
La force du récit tient à son argumentaire. Le nouveau Red Hood ne reproche pas à Batman de ne pas l'avoir sauvé ; il lui reproche d'avoir laissé vivre celui qui l'a tué. C'est un procès en cohérence, et il n'est pas facile à réfuter — ce qui rend le face-à-face final autrement plus intéressant qu'un affrontement ordinaire.
Une adaptation écrite par l'auteur du comic
Le film de 2010 a une particularité rare dans ce corpus : son scénario est signé par Judd Winick lui-même. Cette configuration explique la nature des choix opérés, qui ne sont pas des interprétations extérieures mais des arbitrages d'auteur sur son propre matériau.
Le principal est la fusion. Le film ouvre sur le drame de 1988, puis enchaîne sur l'arc de 2005, faisant tenir deux récits séparés par près de vingt ans dans un ensemble continu. C'est un choix efficace : le spectateur reçoit la cause et la conséquence dans le même mouvement, là où le lecteur devait connaître un récit ancien pour saisir l'enjeu du récent.
Le second choix est la simplification du mécanisme expliquant le retour du personnage. Dans les comics, ce retour s'appuie sur des développements de continuité complexes, liés à des événements survenus ailleurs dans le catalogue et impliquant des concepts cosmologiques. Le film écarte l'essentiel de cet appareil au profit d'une explication plus ramassée. C'est l'arbitrage que fait presque toute adaptation face à la continuité — et il est ici assumé par celui qui l'avait écrite.
Le résultat est très largement considéré comme l'une des meilleures adaptations animées de DC, et il illustre un point utile : la fidélité littérale, telle qu'on l'a vue sur Year One, n'est pas la seule voie. Une recomposition assumée peut servir la source mieux qu'une transcription, à condition d'en préserver l'argument.
Les personnages, du papier à l'écran
- Batman — Confronté à son échec le plus ancien.
- Le Red Hood — Dont l'identité est le ressort du récit.
- Le Joker — Responsable du drame de 1988, présent dans les deux versions.
- Nightwing — Le premier Robin, dont le rôle est resserré à l'écran.
- Black Mask — Le chef de la pègre bousculé par le nouveau venu.
Jim Starlin, Jim Aparo et le Batman de la fin des années 1980
Un mot sur les auteurs de la source ancienne, dont le travail est souvent éclipsé par la notoriété du vote téléphonique. Jim Starlin est l'un des scénaristes majeurs de sa génération, surtout connu pour son travail cosmique chez l'éditeur concurrent, où il a créé des figures devenues centrales. Son passage sur Batman, plus sombre et plus frontal que la norme de l'époque, s'inscrit dans le mouvement d'assombrissement général qui suit les publications marquantes de 1986.
Jim Aparo, lui, est l'un des dessinateurs Batman les plus prolifiques de l'histoire du personnage, avec une carrière qui court sur plusieurs décennies. Son trait, classique et d'une grande lisibilité, appartient à une école antérieure à celle qui domine à ce moment — ce qui donne à Un deuil dans la famille une tension particulière : un récit d'une brutalité inhabituelle, dessiné dans un style hérité de l'âge d'argent.
Cette tension est absente du film, qui adopte une esthétique homogène pour ses deux sources. Elle constitue pourtant l'un des motifs de lecture des numéros d'origine — et l'un des rares cas de ce corpus où l'écart entre le fond et la forme fait partie de l'effet.
Pourquoi les morts reviennent, et ce que cela change pour le lecteur
Ce titre offre l'occasion d'aborder une mécanique que tout lecteur de comics finit par rencontrer, et qui déroute souvent les spectateurs venus du cinéma : dans les grandes séries américaines, la mort d'un personnage est rarement définitive.
La raison n'est pas paresseuse mais structurelle. Une série mensuelle publiée sans interruption depuis des décennies, écrite par des dizaines d'auteurs successifs, ne peut pas retirer indéfiniment des éléments de son réservoir : chaque disparition appauvrit le matériau disponible pour ceux qui viendront après. Un auteur arrivant en 2005 hérite d'un personnage mort en 1988 et d'un potentiel narratif inexploité — la tentation de le récupérer est forte, et elle finit presque toujours par l'emporter.
Le cas de Jason Todd est exemplaire parce qu'il montre les deux faces du mécanisme. D'un côté, le retour affaiblit rétrospectivement le drame de 1988, qui avait pourtant une valeur particulière — les lecteurs eux-mêmes l'avaient voulu. De l'autre, il produit l'un des meilleurs arcs Batman des années 2000, précisément parce qu'il ne fait pas comme si de rien n'était : le personnage revient chargé de sa rancune, et cette rancune est le sujet.
Pour le collectionneur, cette mécanique a une conséquence pratique très concrète. Un numéro de première apparition conserve sa valeur quels que soient les allers-retours ultérieurs, mais les numéros de « mort » sont des paris nettement plus fragiles : leur cote dépend d'un statut que l'éditeur peut défaire à tout moment. Les numéros de 1988 échappent en partie à cette règle par leur notoriété propre — ce n'est pas le cas de la plupart de leurs équivalents.
Côté collection : quels numéros viser après le film
Ce titre pointe vers deux ensembles distincts, et c'est ce qui rend son parcours intéressant.
Le premier est celui de 1988. Batman #426 ouvre Un deuil dans la famille, et Batman #428 est le numéro décisif de l'arc — celui vers lequel se porte traditionnellement l'attention. Ce sont des mensuels ordinaires de la fin des années 1980, imprimés à des tirages élevés mais lus et manipulés comme tels : la valeur se joue presque entièrement sur le grade, et les exemplaires en haut grade sont nettement moins nombreux qu'on ne le croit. La notoriété durable de l'épisode soutient une demande constante, indépendante des adaptations.
Le second est celui de 2005. Batman #635 est le premier numéro de l'arc de Judd Winick, et le point d'entrée recherché de cet ensemble moderne. Sa cote a progressé au fil des apparitions ultérieures du personnage, devenu depuis une figure récurrente du catalogue. Les numéros suivants de l'arc se trouvent facilement et à bas prix.
Les recueils, régulièrement réédités pour les deux récits, restent la voie économique pour lire. Comme toujours, l'état et la gradation déterminent la valeur ; l'appui sur des ventes récentes réelles est vivement conseillé.
Par où commencer la lecture
L'ordre chronologique est le bon : Batman #426 (1988) puis Batman #635 (2005). C'est aussi l'ordre que reconstitue le film, à ceci près que le lecteur mesurera l'écart de dix-sept ans entre les deux récits — écart qui fait une part de la charge émotionnelle de l'arc de Winick, et que l'enchaînement continu du film aplatit nécessairement.
Chronologie à connaître
- 1988 — Batman #426-429 : le vote par téléphone tranche le sort de Jason Todd.
- 2005 — Judd Winick lance l'arc Under the Hood dans Batman.
- 2010 — Le film d'animation, scénarisé par Winick lui-même.
Sa place dans la saga et pour le collectionneur
Under the Red Hood restera comme la démonstration qu'une adaptation peut recomposer sa source sans la trahir — à condition d'en préserver l'argument, ici un procès en cohérence adressé à Batman auquel il est difficile de répondre. Que le scénario soit signé par l'auteur du comic n'y est sans doute pas étranger. Ce que le film ne pouvait pas porter, c'est le contexte de 1988 : un lecteur de l'époque savait qu'il avait, collectivement, décidé de ce qu'il lisait. Pour le collectionneur, le titre ouvre deux parcours distincts et complémentaires — Batman #426 et #428 pour l'âge de bronze finissant, Batman #635 pour l'ère moderne.
Le verdict : deux comics fusionnés, l'argument préservé
- Fidélité : le drame de 1988, l'identité du Red Hood, sa méthode, le reproche adressé à Batman et le face-à-face final viennent des comics.
- Libertés : deux récits séparés par dix-sept ans fusionnés en un seul, le mécanisme du retour simplifié, les ramifications de continuité écartées, des personnages secondaires supprimés — et le contexte éditorial de 1988, absent par nature.
- Numéros à collectionner : Batman #426 et #428 (1988), Batman #635 (2005).
Under the Red Hood fusionne deux récits distants de dix-sept ans et en préserve l'essentiel : un homme reproche à Batman non de ne pas l'avoir sauvé, mais d'avoir laissé vivre son meurtrier. C'est une recomposition assumée, signée par l'auteur du comic, et l'une des plus réussies de ce corpus. Pour le lecteur comme pour le collectionneur, c'est une invitation à ouvrir Batman #426.
Questions fréquentes
Deux récits distincts : Un deuil dans la famille (Batman #426-429, 1988, par Jim Starlin et Jim Aparo) et l'arc Under the Hood de Judd Winick paru dans Batman en 2005. Le film les fusionne en un seul ensemble continu.
DC a installé deux numéros surtaxés et laissé les lecteurs voter pour décider du sort de Jason Todd, le second Robin, dans Un deuil dans la famille. Le vote, serré, a tranché en faveur de la mort — épisode resté l'un des plus commentés de l'histoire éditoriale américaine.
Judd Winick, l'auteur du comic de 2005 — configuration rare dans ce corpus. Les choix opérés ne sont donc pas des interprétations extérieures mais des arbitrages d'auteur sur son propre matériau.
Sur un point précis : le mécanisme expliquant le retour du personnage, qui s'appuie dans les comics sur des développements de continuité complexes liés à d'autres séries. Le film retient une explication plus ramassée.
Deux ensembles : Batman #426 et surtout #428 (1988) pour le récit fondateur, et Batman #635 (2005) pour le point d'entrée de l'arc de Winick. Sur les numéros de 1988, la valeur se joue presque entièrement sur le grade.
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